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Laureline

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Voici Laureline, que nous avons connu grâce à ses illustrations. Elle est l’auteure du personnage de Jeannette, cette jeune femme toujours de profil qui commente avec humour son quotidien et celui de ses copines. Curieuses d’en savoir plus sur l’envers du décor de ce personnage, nous sommes allées à la rencontre de sa créatrice. Mais celle-ci a su nous épater par bien d’autres aspects : Laureline est aussi violoniste et travaille à l’Opéra de Lausanne depuis une dizaine d’années. Elle nous raconte son parcours et comment, au fil du temps, elle a trouvé sa voie et le moyen de vivre pleinement ses passions.

Laureline. En voilà un joli prénom hors du commun. « C’est mon père qui a eu l’idée », nous dit-elle. « Il vient d’une bande-dessinée de science-fiction, genre dont mon père est passionné. Et puis ma mère avait déjà grillé son véto pour le prénom de mon grand frère… ». Avec un grand sourire et un esprit plein d’humour, Laureline se souvient qu’elle a grandit dans un milieu où l’art avait une grande importance. En témoignent la pièce entièrement dédiée à la BD chez son papa, la musique déjà très présente dans son enfance, le goût pour l’architecture de son beau-père. C’est dans cet environnement qu’elle apprend le violon dès l’âge de 8 ans et qu’elle pratiquera jusqu’à l’obtention d’un certificat supérieur. Mais sa voie professionnelle, elle la trouvera petit à petit, par le hasard des rencontres et des opportunités qui la mèneront à son rôle actuel à l’Opéra de Lausanne.

Commençons par sa rencontre avec l’opéra. Laureline raconte qu’elle aura un véritable coup de coeur quand elle y retourne pour la deuxième fois de sa vie durant les fêtes de fin d’année, en 2005. Elle avait déjà assisté à un opéra lors d’un voyage d’études avec le gymnase. Le cadre magnifique de la salle lui a immédiatement plu. Lorsqu’elle y retourne pour la seconde fois, à Lausanne, tout est magique. « Ils jouaient la Vie parisienne d’Offenbach, un opéra bouffe que j’ai adoré : c’était léger, il y avait du french cancan, de beaux costumes… C’était parfait ! » raconte la jeune femme. Tout est réuni pour faire briller ses yeux. A côté de ce qui se passe sur scène, le regard de Laureline est attiré par les placeurs, costumés comme les chanteurs de la production. Elle confie alors : « A cette époque, je me cherchais. Je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie, j’enchaînais les jobs d’étudiante. » La jeune femme postule alors pour un emploi de placeuse, mais l’équipe est malheureusement complète. Puis, après quelques jours, elle est rappelée : un poste vient de se libérer ! Commence alors son aventure à l’Opéra de Lausanne. Elle se sent bien dans son nouveau travail, qui sera alors de courte durée car débutent alors les travaux de rénovation de l’Opéra.

Vient alors le temps pour Laureline de se consacrer à fond au violon. Elle prend des cours plusieurs fois par semaine et joue dans un orchestre et dans un groupe. « J’aurais certainement eu la possibilité d’enseigner le violon, mais je n’étais pas sûre d’avoir envie d’en faire mon métier » se rappelle-t-elle. Son ancienne responsable de l’opéra la rappelle alors pour lui proposer un nouveau travail de réceptionniste à temps partiel, ce qui se marie parfaitement avec les 4 heures de violon quotidienne auxquelles elle s’adonne. Après quelques mois, on lui propose de s’occuper des mécènes et sponsors, ce qu’elle accepte immédiatement. L’expérience de musicienne et le sens du contact naturel de la jeune femme l’aident peu à peu à trouver sa place dans son nouveau rôle. Elle entame même une formation après une année, la menant à obtenir un brevet fédéral de spécialiste en relations publiques, en même temps que son certificat supérieur de violon. « C’est un puzzle qui s’est construit petit à petit. J’apprends tous les jours. C’est un métier très varié, avec beaucoup de contacts et j’ai la chance de pouvoir assister à tous les spectacles. Je suis très reconnaissante envers les personnes qui m’ont fait confiance et m’ont permis d’évoluer dans cette Institution c’est grâce à elles que je peux faire ce que j’aime, dans un milieu où il est plutôt difficile d’entrer » dit-elle. « J’aime faire partie d’une grosse production, pouvoir apporter ma contribution à un spectacle de qualité du début à la fin.»  C’est ainsi que Laureline est depuis un an et demi, assistante de direction.

Et Jeannette, quelle est sa place dans tout ça ? Ce personnage qu’on adore apparaît lorsque Laureline est étudiante et s’ennuie pendant ses cours. Elle raconte : « J’avais souvent des idées, des petites blagues dans ma tête. Mais à l’écrit, c’était difficile de faire passer les messages. » Puis, elle rencontre une amie qui fait des illustrations. « Pour elle, c’était facile de trouver l’inspiration : il suffisait de dessiner ce qu’on voyait ! J’ai essayé de suivre son conseil et c’est en observant mes amies et en gribouillant tout le temps, que petit à petit les personnages de Jeannettes et de ses copines sont nés. »

Admiratifs et friands des situations humoristiques dépeintes dans ses illustrations, les proches de la jeune femme l’encourage à dessiner de plus en plus. Autodidacte, elle se donne alors pour objectif de réaliser un dessin par jour et publie le résultat sur un blog. Celui-ci rencontre un grand succès. Mais cela demande beaucoup de temps et d’investissements et avec les années, le travail à temps plein laisse de moins en moins de place à Jeannette dans la vie de Laureline. Lorsqu’on lui demande si elle ne voudrait pas dessiner sur le sujet de l’opéra, elle répond qu’elle ne veut pas mélanger son travail et le dessin. « Il arrivent que les gens confondent mes dessins, qui sont des caricatures, et ma vie privée. Je veux vraiment séparer les deux choses » confie-t-elle.

Même si Laureline souhaite garder ses deux mondes séparés, elle n’abandonne pas pour autant l’illustration. « Je dessine encore beaucoup, mais je n’ai pas envie de me forcer. Je suis assez extrême : c’est tout ou rien ! Il faut que je réfléchisse à un nouveau projet bientôt… » avoue-t-elle. De quoi nous rendre impatients ! En attendant, elle nous invite à nous rendre à une représentation gratuite de La Belle de Cadix, opérette de Francis Lopez, à l’’Opéra de Lausanne, dans le cadre de sa Route Lyrique, offrant une occasion idéale de découvrir cet univers et ce lieu emblématique de la Ville. Pour terminer, la jeune femme confie : « J’apprécie de plus en plus l’opéra à force de voir et entendre les mêmes titres dans différentes productions et dans différents lieux. Ce n’était pas forcément une passion au départ, mais cela peut avoir un côté magique. »

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Inbar

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C’est un matin, sous un surprenant soleil de novembre et au détour d’une petite ruelle de Lutry, qu’on découvre d’abord le charme du village en semaine. Un petit air de vacances nous met dans une ambiance propice aux discussions. Dans ces très bonnes conditions, nous retrouvons Inbar, plein d’entrain, qui nous raconte sa vie de musicien et de directeur d’école de musique. En passant de son école à chez lui où il donne une leçon de piano, on croise ses élèves. De la petite fille qui le salut toute fière à son élève de longue date, Inbar connaît et salue tout le monde!

Aujourd’hui, nous vous présentons un directeur d’école de musique, Inbar. Âgé de 28 ans, il est à la tête de l’Artscademia à Lutry, où alternent cours, concerts, et parfois même expositions. C’est un jeune homme passionné par son art, extraverti, drôle et très sympathique que nous avons eu la chance de rencontrer dans le cadre de son école. Il nous raconte son parcours atypique et comment en très peu de temps il est devenu le directeur de l’Artscademia.

Inbar est biologiste de formation. Oui, il a un diplôme universitaire dans ce domaine. C’est pourquoi, il est étonnant, quelques années plus tard, de le retrouver à la direction d’une école de musique. La passion explique certainement en grande partie l’évolution du jeune homme. Mais pas seulement. Son talent, sa forte personnalité et une dose de courage lui ont permis de s’éloigner des labos, et de réaliser le rêve de vivre de sa passion. « La musique est un mode de vie pour moi » confie Inbar. Nous le rencontrons entre deux cours de piano qu’il donne dans son école et sommes bluffées par son amour pour cet art. « J’ai une vie très heureuse, je suis vraiment content de mes choix » dit-il. Nous sommes impatientes de découvrir son histoire et les chemins qu’il a parcouru pour en arriver là.

Le musicien est né en Israël. Pour suivre son père qui part travailler en Suisse, il quitte son pays à l’âge de 11 ans et s’installe à Lausanne. Enfant, il prend quelques cours de piano, mais dans sa famille on n’est pas vraiment musicien. Pratiquer la musique reste un loisir. Il nous raconte : « Mes parents m’ont fait connaître le piano quand j’étais enfant. J’aimais bien, mais pas plus que jouer dehors avec mes amis. C’est vers l’âge de 16 ans, quand je commençais à devenir un adulte, que j’ai eu la révélation. La musique était un moyen d’expression incroyable.» Mais Inbar n’ose pas se lancer dans une carrière musicale. Comme la plupart des camarades de son âge, il s’oriente vers un métier plus raisonnable et choisi d’étudier la biologie. Mais durant son Bachelor, quand il n’est pas en cours ou en examen, il se développe en tant que musicien. Et en dernière année, la tentation est trop forte. Inbar se décide : après son diplôme, il poursuivra une carrière dans la musique. Et cela malgré plusieurs obstacles qui se dressent sur son chemin. Par exemple, son professeur de piano le met en garde sur la difficulté d’en vivre. Il préfère écouter les encouragements de sa petite amie de l’époque, qui est elle-même musicienne professionnelle.

C’est ainsi que le jeune homme intègre le Conservatoire de Lausanne pour y faire un Bachelor en piano. Ses débuts sont pénibles. « Les autres élèves étaient beaucoup plus jeunes que moi et ils jouaient déjà depuis qu’ils étaient tout petits » raconte Inbar. « J’étais très mal à l’aise, perdu, mais je savais pourquoi j’étais là. J’ai beaucoup dû lutter ! » Il rencontre notamment des difficultés techniques et évoque le fait d’être un étranger dans le monde de la musique comme principal obstacle. Cependant, en 2ème année, il commence à trouver son chemin et arrive prêt à son examen final en 3ème. Il réussit à obtenir son diplôme avec d’excellentes notes. Sur le bon chemin, il décide d’enchaîner avec un titre de Master de concert. « On a beaucoup de chance en Suisse en tant que musicien professionnel. J’ai étudié un semestre à Singapour et il y avait énormément de concurrence entre les élèves, et de nombreux concours. Cela peut être une façon de pousser les gens, mais ce ne sont pas forcément les bons musiciens qui gagnent les concours » confie-t-il.

Une fois ses diplômes en poche, Inbar exerce en tant que professeur de piano. A côté, il est également membre de l’association Cully Classique qui organise un festival annuel. Mais c’est lorsqu’on lui propose de reprendre la direction de l’école Artscadamia que sa carrière prend un tournant. C’est un coup de coeur pour le jeune homme : « je suis venu visiter et j’ai adoré l’endroit. Ça s’est révélé être une bonne décision, j’ai une belle vie maintenant et aussi de belles possibilités. »

Bien que la gestion de l’école puisse comporter des difficultés, il est ravi de son choix et continue de développer les activités de l’école tout en vivant sa vie de musicien. Il y engage de nouveaux professeurs, introduit des cours de danse, organise des concerts et des expositions. On peut notamment trouver un cours parents-enfant d’initiation à la musique. « Quand je suis arrivé, j’ai gardé l’imprimante, l’aspirateur, les métronomes et 12 élèves. Tout le reste, j’ai décidé de le changer » dit le jeune homme. Cette école permet à Inbar de vivre pleinement sa passion de la musique, qui reste pour lui un moyen privilégié de s’exprimer. Il confie : « tout le monde veut partager, communiquer, dégager quelque chose. La musique captive les gens et crée une ambiance, juste du bout des doigts. »

Après avoir entendu son histoire, nous lui souhaitons plein de bonnes choses et sommes impatientes de connaître la suite de ses projets. Avant de se quitter, nous demandons au jeune homme ce qui fait un bon pianiste. Il répond : « Il y a des millions de pianistes dans le monde, il faut que ça vienne de toi et pas des autres. Il faut vouloir s’exprimer à travers la musique. Avoir besoin de la musique. »

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Artscademia
Ecole de musique
Rue Verdaine 1
1095 Lutry

http://www.artscademia.ch/

Rachel

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Nous avons rencontré Rachel il y a quelques mois. D’emblée, nous avons été touchées par l’implication de la jeune femme pour son travail. Et sa façon de nous parler de ses activités a su nous convaincre : nous devions lui consacrer un portrait. Bien que sa profession souffre d’une image parfois négative et que les cas qu’elle rencontre peuvent être difficiles, Rachel est fière de ce qu’elle fait et nous explique comment elle en est arrivée là.

Rachel est psychologue conseillère en orientation. Depuis une année, elle travaille chez Corref, une association lausannoise qui a pour but d’accompagner les gens dans leur (ré)insertion professionnelle et de fournir un service de formation pour adulte. C’est dans les bureaux de l’association qu’elle nous reçoit, entre deux rendez-vous. Dans cet espace quelque peu « austère », nous sommes saisies par la chaleur et l’enthousiasme de la jeune femme. « Ce matin, nous avons travaillé sur des ateliers de réinsertion pour les femmes dépendantes de l’aide sociale et cet après-midi, j’ai un entretien avec une personne privée qui vient pour une évaluation. J’ai beaucoup de chance, car mon travail me permet d’exercer une grande variété d’activités » dit-elle.

« J’ai étudié la psychologie à l’Université de Lausanne et, en parallèle, je finançais mes études par des petits boulots. » Parmi ses jobs, Rachel a été enseignante spécialisée. « C’est là que j’ai su que je ne voulais pas travailler en milieu scolaire » révèle la jeune femme. « On n’a malheureusement pas assez de temps à consacrer aux élèves. C’est frustrant et ce n’est pas pour moi. » Toujours aux études, elle postule alors à l’OPTI – Organisme pour le perfectionnement scolaire la transition et l’insertion professionnelle. Engagée, elle y rencontre des jeunes gens qui n’ont plus l’âge d’êre scolarisés mais qui ont besoin d’une année de transition avant d’être lâchés dans le monde professionnel. Une partie d’entre eux sont des migrants arrivés récemment en Suisse, pris en charge pour apprendre la langue et le fonctionnement du pays.

L’OPTI, Rachel s’y plaît beaucoup : « J’ai apprécié de travailler avec des jeunes adultes, les encourager à trouver un stage, les aider pour leur dossier de candidature, prendre contact avec des employeurs. » C’est ainsi que la jeune femme dirige peu à peu sa carrière vers le domaine de l’orientation. Son diplôme de psychologie en poche, elle conserve son poste à temps partiel à l’OPTI mais réussit à se faire embaucher à Corref, une association dans laquelle elle se sent tout de suite à sa place. Elle nous confie : « Je suis arrivée dans l’orientation professionnelle par le hasard de mon parcours, mais c’est un métier qui correspond parfaitement à mes envies et à mes attentes. »

La jeune femme a su s’épanouir et trouver la structure de travail qui lui convenait le mieux, à savoir le milieu associatif. Certains de ses camarades se sont dirigés vers l’orientation scolaire, mais ce n’est pas un domaine qui attire particulièrement Rachel. « J’ai une vision assez négative du métier de conseiller en orientation dans le cadre scolaire pour y avoir eu de mauvaises expériences, comme un grand nombre de jeunes scolarisés dans le canton. Mais je rencontre énormément de monde qui a tout de même une idée positive de cette profession et qui avoue qu’elle est utile et aide les gens la plupart du temps. »

Désormais chez Corref à plein temps, Rachel est confrontée à une population diverse. « Je rencontre de nouvelles personnes tous les jours. Chaque situation est singulière » apprécie-t-elle. Mais ce n’est pas pour autant un travail aisé, car la jeune femme est souvent confrontée à des cas difficiles. La plupart des gens dont elle s’occupe souffrent d’une situation précaire. Il s’agit souvent de personnes à l’aide sociale, de bénéficiaires de l’assurance invalidité. « C’est une chance de pouvoir leur être utile » déclare la jeune femme. Dans ces cas-là, la formation en psychologie est essentielle aussi. En effet, Rachel insiste sur l’importance du travail comme facteur d’intégration sociale et culturelle. « Le travail est une valeur très importante en Suisse. Il représente un enjeu identitaire. Il faut savoir utiliser tous les outils liés à la psychologie pour accompagner les gens dans un moment-clé de leur vie » relève la jeune femme.

Aussi, une partie du travail de la jeune femme est compliquée par le fait que certaines personnes sont forcées par l’assurance invalidité ou l’aide sociale à venir la rencontrer. « Ils sont réticents, mais la formation en psychologie est encore une fois très utile. Et puis ici, il n’y a pas de cadre rigide, c’est un grand avantage. Par rapport à l’aide sociale ou à l’école, on peut faire tampon entre les exigences et les personnes. »

Entre recherche d’informations, écoute des candidats, étude de tous les systèmes de formations notamment, Rachel est très heureuse de faire partie de Corref. L’ambiance y est agréable et les outils sont efficaces. « Je reçois de bons retours des gens que je conseille. Ils sont contents et retrouvent l’espoir et la motivation » dit-elle. Cela n’empêche qu’il faut savoir être dure parfois, et dire aux gens que leurs projets ne sont pas réalisables. « On est un peu des briseurs de rêves. On doit mettre une bonne couche de réalisme et accepter d’être le méchant. »

Pleine d’espoir et d’ambition pour l’avenir de l’orientation professionnelle, Rachel aura su nous convaincre et nous réconcilier avec ce métier. Nous lui souhaitons le meilleur pour la suite.

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Cybèle et Laure

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A chaque nouveau portrait, on se découvre de nouveaux défis. Cette fois, il fallait surmonter celui de la distance, l’une de nous étant à Lausanne et l’autre à Londres. L’une est partie à la rencontre des filles, poser les questions, tandis que l’autre a reçu le témoignage et l’a retranscrit. Malgré cet écart, l’entrevue de Cybèle et Laure nous a touché toutes les deux, et nous a impressionné de la même manière : quand on les écoute, les deux jeunes femmes partagent une amitié exceptionnelle qui se reflète sur le projet commun qu’elles ont lancé il y a peu, l’Atelier à Lausanne.

En septembre dernier ouvrait à l’Avenue de France un nouveau café, appelé l’Atelier. Dès lors, une petite foule se succède tous les jours dans ce joli bistrot et sa terrasse. Passant devant l’endroit régulièrement, nous avons voulu savoir qui se cachait derrière ce nouveau projet et c’est avec beaucoup de plaisir que nous avons rencontré Cybèle et Laure.

Qui sont-elles ? Ce sont d’abord deux copines. Elles se connaissent depuis le gymnase et ne se sont plus quittées depuis. Très proches l’une de l’autre, elles nous racontent comment elles sont devenues en peu de temps inséparables. « On a toujours été ensemble, on a vécu et grandi ensemble. On nous prend d’ailleurs souvent pour des soeurs » confie Cybèle. Et on le confirme, les deux amies se ressemblent, s’entendent à merveille et il s’en dégage une grande complicité. Pour preuve, lorsque l’on demande son âge à Cybèle, elle hésite une seconde, jette un oeil à son amie et répond « 31 ans » en souriant. Son amie réplique en plaisantant : « Elle ne sait jamais son âge. Elle sait que par rapport au mien, elle a une année de plus ! »

C’est ainsi presque naturellement qu’après avoir commencé leur carrière chacune de leur côté, les deux jeunes femmes ont envie d’entreprendre un projet ensemble. Au départ, Cybèle et Laure n’ont pas d’idée préconçue : « On a pris ces locaux il y a deux ans pour en faire un atelier. On aime retaper des meubles, boutiquer, peindre… Avec des amis, on a remis à neuf l’endroit, mais sans vraiment savoir ce qu’on voulait en faire, hormis l’idée de l’atelier » disent-elles. Le lieu est donc utilisé par les jeunes femmes en dehors des heures de travail. De formation artistique, les deux amies exercent des métiers différents : Laure, qui a suivi une école de décoration puis une école de conceptrice en multimédia, est graphiste. Quant à Cybèle, après le gymnase artistique, elle exerce comme assistante de direction dans une entreprise qui fait des catalogues.

Malgré leur métier qui les tient bien occupées, les filles bouillonnent d’idées pour développer leur espace. Le concept d’atelier est rapidement élargi à celui de galerie, où les jeunes femmes peuvent exposer leurs coups de coeur artistiques. Cybèle décide à ce moment de quitter son emploi pour se consacrer entièrement au projet. L’idée de transformer la galerie pour y créer un lieu de vie fait son chemin dans l’esprit des filles qui songent alors à y préparer et vendre des thés. A ce moment-là, un petit coup de pouce du destin permet une nouvelle transformation : « La gérance nous a informé qu’on disposait aussi de la terrasse. C’est de là qu’est parti l’idée d’en faire un café-atelier » nous disent-elles. Cybèle obtient alors une patente et c’est un peu par le hasard des choses et après beaucoup de travail que l’Atelier comme on le connaît aujourd’hui est né.

« C’est vrai que l’Atelier est devenu plus un bar qu’une galerie », confient-t-elles. « Mais on tient vraiment à garder l’idée de départ, en invitant tous les trois mois une personne à venir exposer. On a beaucoup de chance, car les gens sont enthousiastes à l’idée d’exposer dans ce lieu. C’est peut-être plus facile pour eux d’oser montrer leur travail ici que dans une galerie où l’on expose seulement » révèle Laure.

Dès le premier jour d’ouverture du bar, la foule est au rendez-vous et la charge de travail devient rapidement importante. Face au succès, Laure quitte à son tour son travail et les jeunes femmes se consacrent désormais à 100% à ce nouveau challenge. Mais quitter son travail pour prendre le pari d’ouvrir un bistrot, c’est n’est pas trop risqué ? « Oui c’était une folie. Mais une folie contrôlée » dit Laure. Ayant toutes les deux des expériences dans les bars pendant leurs études et avec l’habitude d’organiser et de travailler sur des évènements, la prise de risque était limitée selon elles. Cybèle ajoute : « Aussi, on n’a pas fait de choses démesurées, au-delà de ce qu’on pouvait faire. On a fait les choses simplement et on n’a pas trop vendu le projet car concrètement on ne savait pas ce que ça allait être à la fin. Cela a rendu les choses plus légères et moins stressantes pour nous. » Et avec des amis et un entourage présent tout au long de la mise en oeuvre de leur projet, les filles se sentent soutenues et encouragées, malgré les mises en garde et les épreuves rencontrées. D’ailleurs, quand on passe à l’Atelier, on aperçoit souvent un ami qui donne un coup de main en salle. Tous les ingrédients sont réunis pour que les jeunes femmes croient en elles et tiennent bon pour surmonter les difficultés. Aussi, elles savent se soutenir l’une l’autre : « Nos personnalités se complètent. On se connaît très bien et le fait d’être aussi proches nous permet de régler les problèmes rapidement. On est plus comme deux soeurs qui travaillent ensemble que deux copines » confient-t-elles.

Ce qu’on aime à l’Atelier, c’est voir des clients très différents qui viennent à divers moments de la journée. En matinée, on y croise des travailleurs, des ouvriers ou les habitués. Dans l’après-midi, il font place aux étudiants et à leur ordinateur ainsi qu’aux mamans avec leur poussette qui peinent à choisir entre le fondant et la tarte tatin. La journée se termine enfin avec les jeunes qui viennent prendre l’apéro. « C’est un privilège d’avoir pu ouvrir dans ce quartier » se réjouit Laure. Les tables et les bancs peuvent être partagés, ce qui permet de créer un lien entre les visiteurs. Une fois qu’on y entre, on s’y sent bien et on a envie de rester. « Les gens nous disent avoir l’impression d’être à la maison. Et ils aiment rester à l’Atelier jusqu’à tard dans la soirée. Mais on est très surprises du succès que l’on rencontre aujourd’hui, » reconnaissent-elles en toute simplicité. Une simplicité qui contribue aussi certainement au succès de l’endroit car les gens apprécient la familiarité du lieu, se l’approprient aisément. Fortes de leur succès, Cybèle et Laure travaillent sereinement à l’Atelier et ont plein de projets pour la suite pour faire vivre le café.

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L’Atelier
Avenue de France 39,
1004 Lausanne
021 624 16 37

Erelle

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Pour notre premier portrait de l’année, nous avons le plaisir de vous présenter Erelle. La jeune créatrice de bijoux vient en effet d’ouvrir une boutique à Lausanne et nous reçoit dans ses nouveaux locaux pour l’occasion. Cela faisait un moment que nous n’avions pas pu faire d’interview pour des raisons d’emploi du temps chargé, entre bouleversements dans nos vies privées et organisation de divers ateliers. C’est donc avec beaucoup d’excitation que nous avions rendez-vous avec la charmante Erelle. En nous racontant son histoire, celle-ci a su nous captiver et nous rappeler à quel point nous aimons aller à la rencontre de personnalités qui animent la vie de la région à leur manière. Nous vous laissons découvrir son portrait.

C’est avec un diplôme de costumière de théâtre que la jeune Erelle arrive en Suisse en 2002. Après six ans de formation en France et quelques années passées à parcourir son pays, c’est finalement pour Lausanne que la jeune femme a le coup de coeur et décide de s’y installer. C’est aussi dans cette ville que sa carrière va basculer, pour passer du monde du théâtre à celui de la bijouterie. Sa marque, les Baies d’Erelle, est aujourd’hui présente dans plusieurs boutiques. Elle se vend également sur Internet et, depuis décembre 2014, dans la toute nouvelle boutique située rue Marterey. « C’est un grand défi à relever » nous confie la jeune femme, « C’est aussi l’occasion pour moi de faire découvrir d’autres créateurs que j’admire. »

Effectivement, entre les présentoirs à bijoux, on y découvre un sac à main, des bougies ou encore des bandeaux pour les cheveux. Mais ce sont surtout les créations d’Erelle qui attirent notre regard. Ses pièces, allant d’un style ethnique, en passant par le rock et ou encore le tribal, rendent comptent de l’univers particulier de la jeune femme. « J’aime mêler l’esthétique et le symbolique. » Même si ses clientes n’ont en pas forcément conscience, elle aime concevoir ses bijoux comme des amulettes, des gris-gris. « Quand je crée un collier, je fais très attention à la longueur de la chaîne. J’aimerais que la personne qui le porte puisse le prendre facilement dans sa main, dans un geste naturel, un geste qui rassure » raconte-elle. Attentive au choix des matériaux, des chaînes et des pierres qu’elle utilise, elle construit ses pièces de façon à ce qu’ils se transforment au gré des personnalités et que chacun puisse se les approprier. La beauté mais aussi la force symbolique des bijoux d’Erelle en font une créatrice très appréciée.

Mais revenons plus en détails sur le parcours peu banal de la jeune femme. Le monde du théâtre offrant des possibilités limitées après son arrivée à Lausanne, la costumière prend un emploi de vendeuse dans la boutique de mode Rouge de Honte. Elle en deviendra plus tard la gérante. Dans cet environnement, elle découvre le monde des créateurs, leur univers et l’esprit qu’ils tentent d’élaborer. Plus important encore, la relation qu’elle noue alors avec sa patronne aura une grande influence sur sa vie. En effet, celle-ci est très admirative des bijoux portés par Erelle : « J’avais bricolé quelques pièces pour moi-même car je ne trouvais pas ce que je voulais » raconte-elle « et ma patronne m’a proposé d’en fabriquer d’autres pour les mettre en vente à la boutique ». C’est ainsi que les choses commencent à s’enchaîner : une boutique genevoise demande également à vendre les créations de la jeune femme. Puis c’est au tour d’un magasin lausannois. Erelle voit sa clientèle et la demande augmenter. Elle travaille à ce moment de manière totalement autodidacte : « Sans formation dans le domaine, j’ai appris les gestes de bases grâce à des tutoriels sur Internet » dit-elle. « Forcément, cela demande plus de temps, mais mes études de costumière m’ont tout de même sensibilisé à la démarche artistique. Créer un costume, c’est transformer le quotidien, réinventer un univers, et je retrouve aussi cet aspect dans la réalisation des bijoux. »

Petit à petit, la jeune femme glisse presque naturellement vers le métier de créatrice de bijoux et se donne un nouveau challenge : lancer sa marque. Une opération qui s’avère laborieuse car la créatrice n’a alors aucun contact dans le domaine. Elle met deux ans à trouver les bons partenaires : monteurs, doreurs, fournisseurs… Elle met un point d’honneur à collaborer avec les meilleurs pour réaliser des bijoux de qualité. Vient également le moment de choisir un nom pour sa marque : « Les Baies d’Erelle, c’est un jeu de mots, car mon prénom rappelle l’Airelle et ma maman m’appelait mon petit fruit acidulé quand j’étais enfant. » Forte de cette jolie dénomination, la première collection de la jeune femme démarre bien, notamment grâce à une importante présence dans la presse romande. « L’intérêt de la presse à l’égard de mon travail m’a rassuré, il m’a porté. Je me suis tout de suite sentie légitime et crédible dans ce que je faisais » confie-t-elle.

En plus de l’approbation de la presse, la fidélité de la clientèle de la jeune femme lui permet de croire en elle. Avec le temps, elle s’investit de plus en plus dans cette activité qu’elle exerce parallèlement à ses emplois alimentaires. Cependant, ce n’est pas toujours facile. Elle raconte : « Cela demande beaucoup d’investissement personnel et d’énergie. Quand je prépare un salon par exemple, il y a un énorme travail d’organisation à faire, un coût financier et aussi toute la partie communication. J’ai voulu rester indépendante, mais par moment cela peut être très lourd moralement .»

Malgré les moments parfois difficiles, les bijoux d’Erelle continuent à trouver leur public. Entre les quadragénaires classiques et les jeunes filles plus rock, ils touchent une clientèle diverse, ce qui encourage la créatrice à relever de nouveaux défis. Entourée également par un compagnon et des amis qui lui offrent un grand soutien, la jeune femme se décide ainsi à ouvrir sa boutique au centre de Lausanne. « Il faut savoir oser et prendre confiance en soi. C’est aussi un moyen pour moi de me concentrer pleinement sur mon travail de création » dit-elle.

« Pour l’ouverture, je n’ai pas trop fait de pub car j’avais peur de ne pas être dans les temps. » Mais c’est finalement à temps et dans un très joli espace que se sont installées les Baies d’Erelle. On vous encourage à lui rendre une visite tout en lui souhaitant tout le meilleur pour l’avenir.

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Merci à ©Wolf Mike 2014 pour les photos

Baies d’Erelle
Rue de l’Ancienne-Douane 6
1005 Lausanne
www.baiesderelle.com