Elie

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A l’occasion de cette nouvelle rencontre, nous avons eu la chance de partager un moment avec Elie. Et nous sommes ressorties sous le charme de ce garçon, si touchant et passionné, que c’était un plaisir de se lever à l’aube pour l’écouter. Il nous a fait découvrir un monde qui nous était jusqu’alors inconnu et, nous devons bien le dire, nous nous sommes fait prendre au piège et avons fini par adorer cet univers particulier de l’animation. 

Elie travaille dans le cinéma d’animation depuis dix ans. Souriant et élégant, ce jeune homme d’une trentaine d’années nous accueille dans son appartement lausannois pour nous raconter sa passion. « Je me définis comme animateur de marionnette et, depuis peu, réalisateur. » Car Elie a fait son premier film en 2013, Imposteur. A l’heure des films animés par ordinateurs, nous sommes ravies de discuter avec un passionné d’animation qui travaille avec des personnage qu’il se doit de manipuler avec dextérité. « Mon travail est très artisanal, j’utilise les plus vieilles techniques du cinéma » dit-il avec fierté. « Sur un tournage, tout est tangible, il y a un quelque chose de physique qui se passe. La technique de travail est extrêmement sensuelle. » Sur son film Imposteur par exemple, Elie utilise des marionnettes en fourrure, une matière très agréable à travailler. Contrairement à un film animé par ordinateur, un tournage c’est aussi une équipe et une ambiance de travail tout à fait particulière. « C’est un peu comme au théâtre » raconte-il. « Il y a des décors qui sont montés, tout le monde doit être au même endroit au même moment. C’est ce que j’aime sur un tournage. » Le travail est très lent : « On tourne environ deux à huit secondes de film par jour, c’est un métier de précision qui demande une grande capacité de concentration. »

Elie travaille aujourd’hui à Lausanne, au sein de l’association Hélium, qui comporte un studio etqui produit également des films d’animation. Selon lui, c’est un privilège d’exercer sa passion dans l’endroit où il vit et a grandi. Car il est vrai que son métier exige de beaucoup voyager. Durant sa carrière, il a travaillé en Espagne, Allemagne, Grande-Bretagne et France. Mais revenons à sa première rencontre avec le cinéma d’animation. Elle remonte à son enfance. Il est malade, ne peut pas aller à l’école et tombe sur une émission à la télévision, Les 100 ans de l’invention du cinéma. Ce jour-là, le programme présente des films d’animation. Le jeune garçon est captivé. Dès lors, il regarde d’autres films, assiste à des projections, bidouille des petits films dans sa cave avec un copain. Il se met également à la recherche des personnes actives dans l’animation et tombe sur Nag Ansorge, le pionnier du genre en Suisse. Une rencontre qui va le marquer : « C’est lui qui m’a encouragé à me lancer et m’a montré que c’était possible d’y arriver. » se rappelle Elie « Il m’a permis de ne pas douter de moi. »

Pour se former, le jeune homme est contraint d’aller à l’étranger, car il n’existe pas d’école pour le cinéma d’animation en Suisse. Reçu dans trois concours d’entrée en Grande-Bretagne et en France, Elie choisit une nouvelle école à Angoulême : « J’ai senti qu’on me prenait pour ma passion, qu’on me donnait ma chance. » Après deux ans d’études, il commence directement à travailler sur un film indépendant, contrairement à ses camarades qui feront une année de plus pour apprendre l’animation par ordinateur. Plus que pour son diplôme, c’est grâce à son film de fin d’études que le jeune homme est engagé. Il révèle : « Ce qui compte, ce sont les images. Elles sont mon CV ». Il enchaîne alors les projets, dans différents pays, sur différents formats, que ce soit un long-métrage en Suisse ou une série télévisée en Allemagne. « C’est encore mieux que ce que je pensais, c’est un milieu très sympa, avec une ambiance particulière et j’ai appris beaucoup de choses » dit-il avec un grand sourire.

Malgré sa passion pour son métier, Elie admet que son travail comprend aussi des moments difficiles. Il a notamment vécu une année creuse, sans travailler. Il a également passé une période pénible à l’étranger sur un projet. Son métier lui impose aussi de mettre certaines activités entre parenthèses, comme le chant qu’il pratiquait dans un chœur. Lors d’un tournage, sa vie sociale est aussi mise de côté. Néanmoins, il n’a pas de regret sur son parcours : « Je n’aurais pas fait les choses autrement. Chacun de mes choix a eu un impact sur ma vie personnelle. » Ainsi, au long de sa carrière, Elie a su se construire et a reçu beaucoup de soutien de la part de son entourage. « J’ai toujours été très soutenu par ma famille, mes amis et mon conjoint. Mes seuls doutes, ils viennent de moi-même. »

Dans un travail qui consiste à donner vie à des personnages inanimés, le plus grand défaut du cinéaste reste selon lui sa timidité. Ayant parfois du mal à exprimer ses émotions, la personnalité d’Elie se ressent dans son travail d’interprétation avec les marionnettes. « Dans la vie, j’ai parfois peur de certaines émotions, mais cela rend aussi mon travail plus subtil » avoue-t-il. Le jeune homme est en effet très observateur. Attentif aux émotions des gens, il les réutilise lorsqu’il s’agit de donner une personnalité à un objet. Tel un acteur, il est curieux, observateur et fournit un grand travail d’interprétation.

Ainsi, les obstacles n’ont pas remis en doute la passion d’Elie. Il n’a jamais eu envie de laisser tomber. « Quand je suis seul avec une marionnette, j’oublie tout, j’oublie les problèmes. Je sais pourquoi je fais ce travail et je ne me lasse jamais. J’ai eu un appel vers ce métier, c’est une chance. Tout est possible, il n’y a pas de limite autre que ton imagination et ta marionnette ». Par ailleurs, il est important pour lui de garder un certain sentiment d’émerveillement qui vient de l’enfance. Cette dimension est très forte dans l’animation selon lui.

Se préparant actuellement au tournage du prochain long-métrage d’Helium Films qui se déroulera en France, Elie a de nombreuses envies pour la suite de sa carrière. Il aimerait, entre autres, collaborer avec un grand studio d’animation. Et, pourquoi pas, retenter le laborieux mais passionnant travail d’écriture pour un prochain film. Nous aurons aussi le plaisir de le retrouver à la réalisation d’un clip présentant la nouvelle collection du label de mode Le Laboratoire, pour lequel il animera, cette fois, de vrais modèles vivants.

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Teaser du court-métrage Imposteur d’Elie Chapuis

Helium Films
Chemin de Montelly 46
1007 Lausanne
021 / 544 86 02
info@heliumfilms.ch

2 réflexions au sujet de « Elie »

  1. mottaz dominique

    merci!!! super reportage sur Elie et son travail! Me réjouis de voir le projet abouti.
    Bises
    do

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  2. Dartagnan

    Une immersion dans un univers qui fait rêver et donne des frissons au même temps..excellent travail les filles!

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