Jeanne

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Jeanne, on en a d’abord entendu parler. Puis, on a lu ses chroniques, drôles, touchantes et pleines d’anecdotes. Elle nous a reçu dans son atelier, un lieu plein de magie et habité. Autour d’un sirop, elle nous raconte son parcours, on en oublie le temps et elle se révèle aussi une oreille attentive. On vous fait découvrir cette femme aux multiples talents.

Jeanne est une femme touche à tout. Travaillant dans le domaine de la culture, elle a autant programmé pour le Festival de la Cité que créé l’atelier palud, un espace d’exposition. Après avoir exercé différents postes à responsabilité, elle choisit de consacrer la majorité de son temps à la billetterie du Théâtre de Vidy. Nous la retrouvons dans son atelier pour en savoir plus sur cette décision insolite.

Jeanne est caissière, mais elle vend une chose bien particulière : « Je travaille à la billetterie du Théâtre de Vidy, c’est très différent d’une autre caisse. Les gens sont là par choix, et non par nécessité. Ils viennent acheter un produit qui a un sens pour eux » raconte-elle. Au-delà des spectacles, la clientèle vient aussi pour discuter, boire un verre, entretenir des liens sociaux. « C’est une chose qui relie les gens entre eux » dit Jeanne.

Pour ce qui est de son parcours, elle a commencé ses études à l’Université de Lausanne en théologie. Mais rapidement, elle se sent mal à l’aise dans cette filière d’études. C’est l’orientation professionnelle de l’Université qui va lui proposer une voie : « On m’a orienté vers l’EESP, pour faire animatrice socio-culturelle » A l’époque, ce sont les seules études liées à la culture. Dans le cadre de cette formation, Jeanne fait de nombreuses rencontres, surtout grâce à ses stages. C’est ce qui lui permet d’entrer dans le milieu comme elle aime raconter. « J’ai toujours aimé organiser. Au gymnase, avec quelques copains, je produisais des concours, je créais un petit journal et organisais des expositions. Mais je n’avais jamais pensé à en faire un métier ! »

Dès lors, la jolie rousse enchaîne les emplois dans le milieu culturel lausannois et fait toujours plusieurs choses en même temps, travaillant à des petits pourcentages sur différents projets. Actuellement, elle n’exerce pas moins de trois métiers : à côté de son emploi au théâtre de Vidy, elle partage son temps entre l’administration de l’Ensemble Vocal de Lausanne et l’écriture.

Les gens lui demandent parfois : « Quand est-ce que tu feras un vrai métier ? En plus, tu as fait des études ! ». Il suffit de la connaître un peu mieux pour vite comprendre qu’elle ne changerait ce choix de vie pour rien au monde. Il lui apporte l’inspiration et la substance pour l’écriture. C’est aussi un moyen pour elle de s’évader et reposer sa tête qui bouillonne d’idées. Elle explique : « La société attend autre chose. Pour elle, mon choix n’est pas normal. Mais moi j’aime ne pas être normale. Il faut adapter son mode de vie à se qu’on gagne pour que ça marche. Ni plus, ni moins ! ».

Ses journées au théâtre, ou plutôt ses soirées, comprennent la vente des billets, la gestion des listes d’attente et la réponse aux diverses requêtes de chacun. A vingt heures, c’est le rush : les gens arrivent tous en même temps et c’est souvent un grand moment de stress. Mais c’est aussi dans ces instants-là que Jeanne parvient à observer et capter les comportements. Elle décrypte les gens et leurs interactions qui constitueront la matière de ses chroniques.

En lisant ces dernières, nous nous laissons vite envahir par les émotions. A la fois drôle et touchante, Jeanne nous emmène dans des coulisses d’une machine bien huilée où parfois, souvent même, des petits grains de sables viennent égayer la routine et lui permettent de nous conter des moments de vie anodins mais si justes.

Après quatorze ans à la billetterie de Vidy, Jeanne se sent toujours autant à sa place et son calme lui permet de traverser les moments tumultueux. Son statut, elle l’a choisi : « Je suis un très mauvais numéro un, je me sens mieux en numéro deux, derrière un patron à soutenir, j’aime me dévouer à quelqu’un au travail. »

Néanmoins, son travail ne lui laisse que peu de moments à partager avec les siens. Alors c’est en les emmenant sur des tournées ou voir un spectacle qu’elle profite d’être avec eux. Avec le temps, les collègues ont fini par devenir des amis et, elle nous avoue que « A Lausanne, le milieu culturel est petit et on retrouve souvent les mêmes personnes ; ça permet de nouer des liens. »

Quand nous l’interrogeons sur ses envies pour le futur, elle nous répond avec malice : « Vous voulez savoir ce que je veux faire quand je serais grande ? C’est écrire des romans de science fiction… » De quoi nous réjouir d’avance.

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Jeanne Perrin
Chroniques d’outre-scène
Ed. Paulette
Tome I (2009) : IBSN 978-2-97006532-6
Tome II (2011) : ISBN 978-2-94047502-5

Extrait de Chroniques paru dans le Journal de Vidy, mars 2013

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2 réflexions au sujet de « Jeanne »

  1. Perrin Denis

    Très joli, votre article sur Jeanne, et très juste. De plus, il est bien écrit.
    Félicitations.
    Le père de Jeanne

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