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Laureline

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Voici Laureline, que nous avons connu grâce à ses illustrations. Elle est l’auteure du personnage de Jeannette, cette jeune femme toujours de profil qui commente avec humour son quotidien et celui de ses copines. Curieuses d’en savoir plus sur l’envers du décor de ce personnage, nous sommes allées à la rencontre de sa créatrice. Mais celle-ci a su nous épater par bien d’autres aspects : Laureline est aussi violoniste et travaille à l’Opéra de Lausanne depuis une dizaine d’années. Elle nous raconte son parcours et comment, au fil du temps, elle a trouvé sa voie et le moyen de vivre pleinement ses passions.

Laureline. En voilà un joli prénom hors du commun. « C’est mon père qui a eu l’idée », nous dit-elle. « Il vient d’une bande-dessinée de science-fiction, genre dont mon père est passionné. Et puis ma mère avait déjà grillé son véto pour le prénom de mon grand frère… ». Avec un grand sourire et un esprit plein d’humour, Laureline se souvient qu’elle a grandit dans un milieu où l’art avait une grande importance. En témoignent la pièce entièrement dédiée à la BD chez son papa, la musique déjà très présente dans son enfance, le goût pour l’architecture de son beau-père. C’est dans cet environnement qu’elle apprend le violon dès l’âge de 8 ans et qu’elle pratiquera jusqu’à l’obtention d’un certificat supérieur. Mais sa voie professionnelle, elle la trouvera petit à petit, par le hasard des rencontres et des opportunités qui la mèneront à son rôle actuel à l’Opéra de Lausanne.

Commençons par sa rencontre avec l’opéra. Laureline raconte qu’elle aura un véritable coup de coeur quand elle y retourne pour la deuxième fois de sa vie durant les fêtes de fin d’année, en 2005. Elle avait déjà assisté à un opéra lors d’un voyage d’études avec le gymnase. Le cadre magnifique de la salle lui a immédiatement plu. Lorsqu’elle y retourne pour la seconde fois, à Lausanne, tout est magique. « Ils jouaient la Vie parisienne d’Offenbach, un opéra bouffe que j’ai adoré : c’était léger, il y avait du french cancan, de beaux costumes… C’était parfait ! » raconte la jeune femme. Tout est réuni pour faire briller ses yeux. A côté de ce qui se passe sur scène, le regard de Laureline est attiré par les placeurs, costumés comme les chanteurs de la production. Elle confie alors : « A cette époque, je me cherchais. Je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie, j’enchaînais les jobs d’étudiante. » La jeune femme postule alors pour un emploi de placeuse, mais l’équipe est malheureusement complète. Puis, après quelques jours, elle est rappelée : un poste vient de se libérer ! Commence alors son aventure à l’Opéra de Lausanne. Elle se sent bien dans son nouveau travail, qui sera alors de courte durée car débutent alors les travaux de rénovation de l’Opéra.

Vient alors le temps pour Laureline de se consacrer à fond au violon. Elle prend des cours plusieurs fois par semaine et joue dans un orchestre et dans un groupe. « J’aurais certainement eu la possibilité d’enseigner le violon, mais je n’étais pas sûre d’avoir envie d’en faire mon métier » se rappelle-t-elle. Son ancienne responsable de l’opéra la rappelle alors pour lui proposer un nouveau travail de réceptionniste à temps partiel, ce qui se marie parfaitement avec les 4 heures de violon quotidienne auxquelles elle s’adonne. Après quelques mois, on lui propose de s’occuper des mécènes et sponsors, ce qu’elle accepte immédiatement. L’expérience de musicienne et le sens du contact naturel de la jeune femme l’aident peu à peu à trouver sa place dans son nouveau rôle. Elle entame même une formation après une année, la menant à obtenir un brevet fédéral de spécialiste en relations publiques, en même temps que son certificat supérieur de violon. « C’est un puzzle qui s’est construit petit à petit. J’apprends tous les jours. C’est un métier très varié, avec beaucoup de contacts et j’ai la chance de pouvoir assister à tous les spectacles. Je suis très reconnaissante envers les personnes qui m’ont fait confiance et m’ont permis d’évoluer dans cette Institution c’est grâce à elles que je peux faire ce que j’aime, dans un milieu où il est plutôt difficile d’entrer » dit-elle. « J’aime faire partie d’une grosse production, pouvoir apporter ma contribution à un spectacle de qualité du début à la fin.»  C’est ainsi que Laureline est depuis un an et demi, assistante de direction.

Et Jeannette, quelle est sa place dans tout ça ? Ce personnage qu’on adore apparaît lorsque Laureline est étudiante et s’ennuie pendant ses cours. Elle raconte : « J’avais souvent des idées, des petites blagues dans ma tête. Mais à l’écrit, c’était difficile de faire passer les messages. » Puis, elle rencontre une amie qui fait des illustrations. « Pour elle, c’était facile de trouver l’inspiration : il suffisait de dessiner ce qu’on voyait ! J’ai essayé de suivre son conseil et c’est en observant mes amies et en gribouillant tout le temps, que petit à petit les personnages de Jeannettes et de ses copines sont nés. »

Admiratifs et friands des situations humoristiques dépeintes dans ses illustrations, les proches de la jeune femme l’encourage à dessiner de plus en plus. Autodidacte, elle se donne alors pour objectif de réaliser un dessin par jour et publie le résultat sur un blog. Celui-ci rencontre un grand succès. Mais cela demande beaucoup de temps et d’investissements et avec les années, le travail à temps plein laisse de moins en moins de place à Jeannette dans la vie de Laureline. Lorsqu’on lui demande si elle ne voudrait pas dessiner sur le sujet de l’opéra, elle répond qu’elle ne veut pas mélanger son travail et le dessin. « Il arrivent que les gens confondent mes dessins, qui sont des caricatures, et ma vie privée. Je veux vraiment séparer les deux choses » confie-t-elle.

Même si Laureline souhaite garder ses deux mondes séparés, elle n’abandonne pas pour autant l’illustration. « Je dessine encore beaucoup, mais je n’ai pas envie de me forcer. Je suis assez extrême : c’est tout ou rien ! Il faut que je réfléchisse à un nouveau projet bientôt… » avoue-t-elle. De quoi nous rendre impatients ! En attendant, elle nous invite à nous rendre à une représentation gratuite de La Belle de Cadix, opérette de Francis Lopez, à l’’Opéra de Lausanne, dans le cadre de sa Route Lyrique, offrant une occasion idéale de découvrir cet univers et ce lieu emblématique de la Ville. Pour terminer, la jeune femme confie : « J’apprécie de plus en plus l’opéra à force de voir et entendre les mêmes titres dans différentes productions et dans différents lieux. Ce n’était pas forcément une passion au départ, mais cela peut avoir un côté magique. »

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Arthur, Jeremy et Kouros

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Arthur, Jeremy et Kouros sont les fondateurs de la Nébuleuse, une brasserie lausannoise fraîchement établie au coeur de la ville. Les trois garçons sont surtout des amis. Dans un entretien animé et rythmé par la bonne humeur de chacun, ils nous racontent la mise en place de leur projet.

Arthur est celui qui a initié ses acolytes au brassage. Dans la cuisine de ses parents, Kouros l’observe. Et bientôt, il participe aussi activement. Puis, Jeremy les rejoint. Les trois amis sont encore adolescents et rêvent d’ouvrir un bar ensemble plus tard. « A 15 ans, on tenait un carnet avec nos bières préférées. C’est une passion qui nous a toujours liés », racontent-ils.

Bien qu’ils partagent un rêve commun, leur début de carrière va les mener dans des directions totalement opposées. Et même sur des continents différents. Après des études de droit à Cardiff, puis un Master en conflits et sécurité à Londres, Kouros s’installe au Panama. Jeremy met à profit ses études à HEC et à l’EPFL pour travailler en Asie. Quant à Arthur, après des études à HEC et un Master à Londres, il rejoint la place financière de Genève. Ils confient : « Une belle carrière avec un avenir plutôt confortable s’offrait à nous. » Mais, menés par Arthur, ils décident de tenter l’aventure. Ils démissionnent et se lancent dans la commercialisation des bières artisanales qu’ils produisent. « C’est une prise de risque de tout quitter. Mais le moment semblait bien choisi. On n’ a pas encore de famille, on est jeunes. Et surtout, on a l’occasion de vivre de notre passion ! » déclarent-ils.

C’est ainsi qu’en septembre 2013, ils louent un local au Flon. Rapidement, la production est transférée à Villars-Ste-Croix pour être augmentée. Une quantité toutefois insuffisante aujourd’hui, puisqu’après quelques mois seulement, on s’arrache les bières de la Nébuleuse : « notre production est littéralement engloutie » révèle Kouros, « et nous devons refuser des clients. » La jeune entreprise cartonne. D’abord grâce à la passion que les jeunes hommes mettent dans leur travail. Les années passées à brasser, les voyages, leur ont donné la connaissance et le savoir-faire nécessaires pour produire des bières de qualité. Ensuite, les hautes études et l’expérience dans le domaine commercial, financier et la gestion leur ont permis d’éviter certaines erreurs. Arthur confie : « Nos parcours nous ont fait gagner du temps. Les idées sont venues plus vite et on a pu prendre beaucoup de raccourcis. »

Actuellement, la Nébuleuse produit quatre bières, choisies en fonction des catégories de buveurs de bières établies par le trio. Il y a la belge, l’amère, la noire. Et nous goûtons la Stirling. Sous le regard attentif des brasseurs, nous sommes conquises dès la première gorgée. « C’est une bière qui a du caractère mais qui reste accessible. Elle permet de développer le palais et donne envie de tester les autres » disent-ils.

Depuis le début de l’année, les choses sont allées très vite. Entre brassage, embouteillage et livraisons, les trois garçons ont bien à faire et courent après le temps. Ils confient : « Ce job nous demande beaucoup et nous fait mettre le reste de notre vie entre parenthèses en ce moment. On se lève tôt, on se couche tard, mais on a la chance de faire ce qu’on aime et on apprécie la variété de nos activités. »

D’où est venu ce goût pour la bière ? D’abord de leurs familles respectives. Kouros est issue d’une famille de brasseurs. Le père de Jeremy, grand amateur qui a aussi expérimenté la production maison de vin, café et kirsch dans sa jeunesse, est fiert de son projet professionnel. Ensuite, ce sont les rencontres qui les ont amené à apprécier cet univers. Arthur par exemple est tombé sur un brasseur au Danemark : « Il m’a demandé pourquoi je ne brassais pas moi-même ma bière, c’est tellement simple ! J’ai tendance à être excessif, alors quand je suis rentré, j’ai acheté dix bouquins et j’ai essayé ! » raconte-il en faisant sourire ses complices.

Fiers de leur succès, ils désirent évidemment s’agrandir, mais veulent faire les choses bien et prendre le temps de réfléchir : « Cette aventure nous a beaucoup appris. Nous découvrons encore des éléments auxquels nous n’avions pas pensé. C’est une expérience qui nous a rendus humbles. » Par ailleurs, l’ascension rapide de la Nébuleuse n’a pas entaché l’amitié des trois garçons. Kouros déclare : « Notre collaboration se passe très bien. On a une bonne ambiance au travail. Une bonne répartition des tâches nous a aidé à trouver un équilibre. »

La bonne humeur des jeunes hommes est sans doute liée à l’ambiance qui règne dans leur milieu professionnel. Avec les brasseurs de la région, ils s’entraident. Par exemple, en s’échangeant les ingrédients en cas de pénurie. Concurrence ? Non, plutôt collaboration, car ils ont tous le même but : promouvoir la bière artisanale. « On partage les mêmes valeurs et on veut amener les consommateurs vers un produit local et de qualité » disent-ils. Le local, c’est un projet qui leur tient à coeur et ils rêvent de réaliser la totalité de leur bière en produisant eux-mêmes les composants. « Pour le moment, notre production est à 90% lausannoise, car la bière est composée de beaucoup d’eau » disent-ils avec malice. « Lausanne est d’ailleurs un lieu idéal pour mettre en place un tel projet. C’est une ville dynamique et ouverte à la nouveauté où les possibilités sont nombreuses » dit Jeremy. On quitte le trio avec la certitude de voir leur projet se développer, car leur enthousiasme contagieux donne envie de découvrir et déguster leurs bières.

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La Nébuleuse – Microbrasserie Lausanne
http://www.lanebuleuse.ch

Mélanie et Soizic

Pola-portrait-melazic-mazettesUne fois n’est pas coutume, nous avons pris le parti de vous présenter un double portrait. Mélanie et Soizic sont soeurs et ensemble, elles ont fondé le Royaume MELAZIC. « Un lieu décalé, rempli de poésie, d’une pointe d’impertinence et d’un soupçon de féminisme » comme elles aiment à le définir. Elles nous ouvrent les portes de leur boutique à Lausanne et racontent comment elles sont devenues, en quelques années, des princesses cheffes d’entreprise.

Cupcakes, T-shirts, objets cadeaux en tout genre. On ne sait plus où poser les yeux devant la vitrine de la boutique en attendant notre rendez-vous avec les filles. Une fois à l’intérieur, une odeur délicieuse s’échappe du four et nous met l’eau à la bouche. Nous nous installons dans les coulisses, non loin de la pâtissière occupée à préparer les gâteaux du jour. Difficile de se concentrer, mais la bonne humeur et l’enthousiasme de nos hôtesses nous captivent immédiatement. Passionnées de pâtisserie depuis qu’elles sont petites, elles ont su faire de leur hobby un véritable métier, et gèrent aujourd’hui une entreprise comptant 15 employées.

Tout a commencé avec des sacs à main. « On ne trouvait pas les sacs qu’on voulait dans le commerce. Alors on a décidé de les fabriquer nous-mêmes », racontent-elles. Très créatives et habiles de leurs mains, les deux soeurs parviennent à réaliser les sacs qui leur plaisent… et intéressent aussi leurs amies : « Au début, on les faisait pour nous, puis on a vu que ça plaisait aussi aux autres ». Effectivement, les créations de Mélanie et Soizic vont plaire à beaucoup de monde, surtout après un défilé de mode pour lequel elles présentent une ligne de T-shirts : la salle est pleine et les demandes des clients se multiplient. Les jeunes femmes sont lancées et ne veulent plus s’arrêter. Mais pour elles, pas question de se limiter à la création de vêtements. Gourmandes, elles intègrent leur passion pour la pâtisserie à leurs activités : « On ne voulait pas devenir seulement une marque de T-shirt, on avait envie d’offrir différents services. On a donc décidé de proposer aussi des cupcakes. » C’est ainsi que les deux soeurs imaginent le Royaume MELAZIC, un univers féérique dédié aux princesses modernes, composé de toutes les activités qui leur plaisent.

Comment sont-elles parvenues à transformer ce qui était au départ un passe-temps qu’elles pratiquaient dans la cave des parents, en une activité professionnelle ? Jusqu’alors, Mélanie et Soizic avaient choisi de finir leurs études et commencer un travail dans leur domaine de formation. Elles s’occupaient des T-shirt et des cupcakes durant leur temps libre. Or, la charge de travail devient vite considérable surtout avec l’ouverture de leur petite boutique hors du centre. Elles racontent : « Au début, on a baissé notre taux de travail à 80%. Là encore, c’était trop. Il fallait prendre une décision. » Ce qui décide les jeunes femmes à s’investir entièrement dans le Royaume, c’est la validation de leur projet par une association de soutien aux jeunes entrepreneurs : « Quand on s’est retrouvées face à un comité de professionnels, c’est là que c’est devenu sérieux. Présenter notre projet devant plusieurs hommes d’une cinquantaine d’années, loin d’être notre public cible, cela nous a donné confiance pour nous lancer. » Ainsi, les deux soeurs décident de quitter leurs jobs respectifs pour se consacrer uniquement au développement de leur entreprise. « On a eu la sensation de sauter dans le vide ! » se rappelle Soizic.

Depuis, le Royaume MELAZIC ne cesse de s’agrandir. Les demandes pour les ateliers sont de plus en plus nombreuses, les visites dans le nouveau magasin au centre-ville de Lausanne aussi. Malgré le succès, les deux partenaires travaillent de la même manière qu’à leurs débuts, à savoir en collaboration : « On doit être à deux pour créer. L’une sans l’autre, ça ne marche pas, c’est plat. Chacune apporte quelque chose, on est vraiment complémentaires. » Le fait d’être deux présente pour elles un autre avantage certain, celui de se soutenir mutuellement. Mélanie confie à ce sujet : « Travailler à deux, c’est notre force. On se booste l’une l’autre. »

Avec le développement de l’entreprise, le travail administratif devient plus important et prend une grande partie du temps. Habituées à travailler seules, les jeunes femmes doivent désormais embaucher du personnel pour les soutenir. Bien qu’elles apprécient de déléguer certaines tâches pour pouvoir s’occuper du travail de gestion, elles tiennent toutes les deux à garder un contact avec la clientèle : « On sent plus les choses quand on est en atelier ou à faire de la vente à la boutique. On peut avoir un retour direct des clients à propos de nos services. »

Quand on leur demande quelles sont les qualités requises pour établir son royaume, elles disent « Pour faire ce qu’on fait, il faut avoir du culot. Il faut oser, prendre des risques, sinon ça ne marche pas. » Soizic et Mélanie n’ont pas peur des obstacles et des difficultés qu’elles rencontrent tous les jours. « On dit que notre travail, c’est trouveuses de solution » disent-elles en souriant. Pour l’avenir, elles veulent continuer de se développer pour proposer de nouveaux services aux princesses et aux princes charmants. Le défi pour elle sera de garder le même esprit qu’au début, les mêmes valeurs, en particulier le rapport à l’enfance.

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Royaume MELAZIC
Rue de la Madeleine 12
1003 Lausanne
http://www.melazic.com/ 

Filipe

Portrait-Filipe-Mazettes-ProfilNous avons eu la chance de rencontrer Filipe, chef et maître d’hôtel, lors d’une soirée improvisée. Et le hasard a plutôt bien fait les choses, puisque nous avons eu un véritable coup de coeur pour cet homme sympathique, doué et passionné par son métier. Nous ne pouvions pas passer à côté d’un portrait !

Pour fêter la mise en ligne de notre site, nous décidons d’aller au restaurant. Génial ! Mais lequel ? Une envie de viande nous conduit au Petit Boeuf, réputé pour ses steaks tartares. Arrivées sur place, nous sommes agréablement surprises par la gentillesse de notre hôte, Filipe, qui nous sert avec un grand sourire et un enthousiasme contagieux. Epatées par son habileté à nous préparer en peu de temps un tartare délicieux, qui plus est en forme de coeur, nous lui demandons depuis combien de temps il travaille dans ce restaurant. Et Filipe de répondre fièrement : « Douze ans ! ». Il n’en fallait pas plus pour éveiller notre curiosité. Découvrons ce personnage haut en couleur.

« Travailler dans un restaurant, c’est un art. C’est un très beau métier », déclare Filipe, « et je suis heureux de l’exercer au Petit Boeuf. » Passionné par son travail, le maître d’hôtel a un très bon contact avec ses clients et ses collègues, qui apprécient sa bonne humeur et sa gentillesse. « Je suis la personne qui fait rire tout le monde ici. Je suis tout le temps en train de raconter des âneries. Et on m’en redemande ! » Attentif au bien-être des autres, il sait se servir de son humour pour redonner le sourire aux collègues et détendre l’atmosphère quand il le faut. Il en est de même le jour où nous faisons son portrait : il adresse naturellement un sourire, un mot bienveillant à chaque personne qu’il croise. Nous restons admiratives face à cet homme qui sait être non seulement drôle et extraverti, mais aussi sensible et à l’écoute des besoins des personnes qui l’entourent.

Comment est-il arrivé au Petit Boeuf ? Nous l’interrogeons d’abord sur son parcours. Filipe a toujours travaillé dans la restauration. Il entame sa vie professionnelle très jeune au Portugal, avec des emplois dans des bars et boîtes de nuit de sa ville, Braga. Il adore le contact avec la clientèle et noue de nombreuses amitiés. Il passe alors un diplôme dans l’hôtellerie. Durant sa formation, il fait des stages dans des restaurants et des hôtels 5 étoiles et apprend trois langues étrangères. Déjà à l’époque, Filipe se démarque par sa personnalité qui lui permet de rencontrer facilement les gens. Très doué, il enchaîne les boulots dans le domaine et ne peine jamais à retrouver une place quand il quitte un endroit ; on vient même le chercher avec de nouvelles propositions. Toutefois, Filipe est mal rémunéré au Portugal. Et lorsqu’un client de l’hôtel haut de gamme où il travaille lui propose un poste en Suisse, il fait ses valises et quitte son pays pour s’installer à Lausanne. Ici, son diplôme ne vaut rien. Il passe donc une équivalence et en profite pour y ajouter la qualification de sommelier. Mais sa première expérience dans un restaurant est mauvaise : le patron l’exploite, il ne règle pas ses papiers et va jusqu’à ne plus le payer. Exaspéré, Filipe finit par quitter son travail.

C’est à ce moment que le responsable du Petit Boeuf, qui a lui aussi connu des difficultés avec ses précédents employés, lui propose de faire un essai dans son restaurant. Filipe est directement embauché après son premier jour d’essai, alors qu’il était convenu qu’il en ferait trois. Depuis, il n’a plus quitté l’endroit et ne compte pas partir de sitôt. Au départ, il n’y avait que le patron et Filipe. Mais petit à petit, le restaurant rencontre un succès grandissant, essentiellement grâce au bouche à oreille, et l’équipe est désormais composée de neuf personnes. « Je suis bien ici. Le patron est très correct avec moi. On m’a proposé de travailler ailleurs et de gagner plus, mais je tiens à rester, car je suis avec un ami », confie Filipe. Etonnés par sa fidélité, ses proches lui demandent souvent comment il fait pour travailler depuis douze dans au même endroit : « Les clients sont super et l’équipe est géniale. Chacun a ses qualités et se soutient. »

La réputation du Petit Boeuf s’est surtout faite sur son fameux steak tartare, parfois flambé, servi par Filipe. Ce dernier se souvient de sa première fois : « Il y avait beaucoup de monde ce soir-là. Mon collègue était débordé, je devais l’aider. Alors j’ai commencé à préparer un tartare et tout le monde a été impressionné. Le patron criait : Venez voir ce qu’il fait ! » raconte-il en riant. Depuis, c’est Filipe qui est chargé de servir le tartare, allant jusqu’à préparer 90 assiettes par jour. « Dans ce métier, la volonté d’apprendre est très importante. Il faut toujours chercher à progresser, faire plus que ce qu’on te demande » dit-il.

Cette nécessité d’apprendre, Filipe l’applique aussi à sa relation avec les clients : « Il faut un minimum de culture générale pour tenir des conversations, répondre à certaines questions. Parfois, on me demande de trancher lorsque les gens ne sont pas d’accord entre eux. » Il est donc important pour lui de se tenir au courant de l’actualité. Il estime que lire plusieurs journaux quotidiennement fait partie intégrante de son travail. Quand on lui demande s’il a déjà eu des problèmes avec ses clients, il semble savoir gérer les choses et utiliser l’humour pour remettre les plus pénibles à leur place. Il met un point d’honneur à insister sur la qualité du service, qui selon lui se perd de plus en plus.

Bien qu’il y mette toute sa passion, Filipe exerce un métier difficile. « Le principal inconvénient dans mon travail, ce sont les horaires. Je travaille le soir et les weekends, ce n’est pas facile quand on a une famille et c’est compliqué d’avoir une relation. » Il a ainsi peu de temps libre et aime le passer avec son petit garçon de deux ans.

Pour terminer l’entretien, nous lui demandons s’il a un ingrédient secret dans la recette de son tartare. Il répond simplement : « L’amour ! » A cet instant, il se passe quelque chose de particulier : il observe notre réaction blasée devant cette réponse que nous trouvons, avouons-le, un peu cliché au premier abord. Et il reprend : « C’est comme vous, votre site : vous le faites bien et vous avez un bon accueil car vous y mettez de l’émotion et que vous aimez ce que vous faites. » Nous sommes encore une fois surprises par la répartie et la capacité d’adaptation de Filipe. C’est ainsi que nous quittons ce personnage d’une grande délicatesse, qui nous laisse une image noble de son métier.

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Restaurant Le Petit Boeuf
Avenue Vingt-Quatre-Janvier 4
1004 Lausanne

Soraya

Soraya-portrait-MazettesNotre premier portrait à travers leur travail. Qui de mieux que Soraya pour commencer ? Femme de sourire, de gentillesse et de passion. Elle se dit nostalgique, que ce soit l’odeur de ses étés d’enfance en Afghanistan ou la musique de ses sorties entre copines. Elle nous ouvre une fois de plus ses bras et son monde. Et on y plonge avec bonheur et curiosité, pour en ressortir encore plus éblouis.

« Mon travail ? Je suis coiffeuse ; mais je ne le vois pas vraiment comme un travail ». Voilà comment Soraya décrit son métier. Un métier qu’elle exerce maintenant depuis près de 17 ans. Malgré toutes ces années, sa passion pour la coiffure ne s’est jamais atténuée. Au contraire, plus le temps passe, plus elle aime son travail. « C’est encore mieux que l’idée que je m’en faisais avant de commencer ». Portrait d’une personnalité passionnée et attachante.

C’est la course au Salon n°7. Une cliente à l’étage du bas laisse reposer sa teinture, un autre attend devant le miroir de se faire coiffer et une dernière passe à l’improviste pour fixer son prochain rendez-vous. Le quotidien de Soraya est rythmé par la dizaine de clients qui défilent chaque jour dans le salon. Malgré l’effervescence apparente, la belle noiraude reste toujours calme et souriante. Elle sait gérer son temps sans se stresser.

Le temps, c’est un élément-clé dans son travail. Même si Soraya coiffe un grand nombre de personnes – elle est incapable de dire combien tant la liste est longue – il est important pour elle de consacrer un maximum d’attention à chacun : « Je passe beaucoup de temps avec chaque client. C’est très important pour moi de bien connaître les gens pour pouvoir leur faire une coiffure qui leur correspond ».

Mais la coiffeuse ne s’attarde pas seulement à analyser la qualité du cheveu de ses clients. Elle s’intéresse aussi de près à leur personnalité, leur caractère. Et c’est bien ce qui fait de Soraya une coiffeuse pas comme les autres : au fil des rendez-vous, son besoin de comprendre et ressentir les gens l’a amenée à devenir très proche de ses clients. Pour la plupart, elle est bien plus qu’une coiffeuse. Elle est une confidente, une amie proche, et c’est réciproque. « Les gens s’ouvrent beaucoup à moi. Même s’ils sont parfois méfiants et tendus au début, ils finissent par me faire confiance » raconte Soraya. « Je pense que c’est pour cela que beaucoup viennent se faire coiffer chez moi. » Ainsi, à côté de ses qualités techniques, sa capacité d’écoute et sa douceur naturelle font d’elle une coiffeuse très particulière.

Ambitieuse, Soraya mène aujourd’hui la carrière dont elle a toujours rêvé. Elle coupait déjà les cheveux de ses poupées. « J’attendais qu’ils repoussent ! » se souvient-elle. Sa vocation vient donc de loin. Mais si sa carrière rencontre aujourd’hui un succès incontestable, les choses n’ont pas toujours été faciles. La jeune femme a connu des débuts difficiles et a dû franchir plusieurs obstacles avant d’en arriver là.

En premier lieu, au moment de choisir un apprentissage, elle doit affronter l’opposition de son père : il ne veut pas qu’elle devienne coiffeuse. « C’est un métier sale. C’est dégoûtant de toucher la tête des gens » dit-il sèchement. Soraya est aussi comparée à ses soeurs, qui ont fait des études. Elle renonce alors à poursuivre son rêve et songe à faire des études d’employée de commerce, comme lui suggère son père. Mais la motivation lui fait cruellement défaut… Elle se rappelle : « Pendant une année, je n’ai rien fait du tout. Je ne voulais pas devenir une employée de bureau. » Devant son désarroi, sa famille et ses proches l’encouragent à poursuivre sa vocation malgré tout. Soraya ose finalement s’inscrire dans une école de coiffure.

Commence alors une autre période difficile pour la jeune femme, celui de son premier emploi. Remarquée par le patron de son école, l’apprentie coiffeuse est engagée dans son salon après avoir suivi une année de cours seulement – la formation initiale dure en générale deux ans. Son manque d’expérience va alors lui valoir des instants très pénibles. « C’était le moment le plus difficile pour moi. Je ne connaissais rien et je devais me débrouiller toute seule. Par exemple, je ne savais pas comment mélanger les produits. Mais ça, je ne voulais pas le montrer. Je faisais la grande, alors que je n’étais qu’une gamine. Je retenais souvent mes larmes dans ces situations. » Malgré ses difficultés, Soraya persévère. Le salaire très bas et les supérieurs qui gardent les clients pour eux ne la découragent pas. « Je me retenais de partir. Je me disais : tu verras, un jour tout cela va payer et tu auras ce dont tu as envie ! ».

La détermination de la jeune femme va finir par être récompensée : une cliente est impressionnée par son travail et lui propose une place dans son nouveau salon. Les choses commencent à s’améliorer. Puis on lui propose une place de coiffeuse dans un concept branché. Même lorsque le salon est contraint de fermer, Soraya trouve un nouveau travail en une journée : elle s’installe au Salon n°7 et exerce pour la première fois son métier en tant qu’indépendante. Elle prévient ses clients par courrier de sa nouvelle adresse, sans savoir s’ils la suivront dans ce lieu si différent de son ancien salon. Bonne surprise pour la coiffeuse : la grande majorité continue à la solliciter. « A ce moment, j’ai compris que les gens venaient pour moi ».

Depuis huit ans maintenant chez n°7, Soraya a trouvé le salon idéal pour exercer son métier « Même si je rêve un jour d’ouvrir un jour mon propre salon, j’adore travailler ici. On s’entraide et je reçois beaucoup d’amour. J’adore mes collègues, c’est un peu comme ma famille. » Elle n’est pas la seule à apprécier l’ambiance familiale du salon ; ses clients sont enchantés par la bonne humeur et l’atmosphère chaleureuse qui y règne.

Au fil des années, le travail de la jeune femme a beaucoup évolué et lui a appris beaucoup de choses. Par exemple, se trouver devant un miroir tous les jours l’a rendu plus exigeante envers elle-même. La coiffeuse veut renvoyer une bonne image à ses clients et met toujours un point d’honneur à se montrer positive.

Avec l’expérience, les connexions entre Soraya et ses clients ont aussi beaucoup évoluées : « Je peux ressentir le mal-être des gens quand je les coiffe » révèle-t-elle. Et cela non seulement au niveau de la parole, alors qu’elle écoute leurs histoires, mais aussi physiquement, puisque son travail nécessite un contact avec la tête des gens. « C’est comme si je rentrais dans la personne, je me vois dans sa tête. En touchant, je peux dire si le client est stressé ou à l’aise, s’il est timide ou non. » On constate le chemin parcouru depuis la fameuse remarque de son père.

Soraya a ainsi découvert un aspect beaucoup plus profond de son travail, qui va au-delà de la simple mise en beauté des personnes. Elle peut fièrement affirmer : « Je suis toujours passionnée par ce que je fais, encore aujourd’hui. S’il y a une chose que je ne regrette pas une seconde, c’est d’avoir choisi ce métier. » Quand on lui demande ce qu’elle pense du fait d’exercer son métier à Lausanne, elle répond : « Je pense qu’il faut faire ce qu’on aime dans la vie. Peu importe où on le fait. »

Soraya_Portrait_collageSalon de coiffure N°7
Rue Neuve 7
1003 Lausanne